Karma

Karma

Voix Bouddhistes du 02.02.97 (Extraits de Jean Pierre Taiun Faure)

Catherine Barry : On pourrait avoir l’impression d’une espèce de fatalité qui s’attache à chacun de nos pas. Est-ce le karma est lié à cette notion de fatalité ou est-ce qu’il y a quand même un espoir ?

Jean-Pierre FAURE : Non, il ne faut pas confondre fatalité et karma. La fatalité c’est ce qui est irrévocable, alors que le karma, si nous sommes disciples du Bouddha, c’est précisément parce que le Bouddha s’est éveillé à son karma, qu’il a compris son karma, et quand on comprend son karma on en est libéré.

C. B. : Est-ce qu’on peut dire qu’il y a un karma social, de la société dans laquelle on vit ?

J.-P. F. : Bien sûr, on peut parler du karma de l’individu et même on peut parler aussi du karma du cœur, du karma des poumons, du karma de la rate, du foie ; un organisme a un karma. L’ensemble des individus a aussi un karma. On peut parler effectivement du karma de la France, mais aussi de l’humanité entière. C’est un grand corps.

C. B. : Donc aux Etats, ça veut dire que si on agit de façon favorable, nos actions favorables auront des répercussions sur l’ensemble de la société, sur le monde entier ?

J.-P. F. : Oui, bien sûr, et un des problèmes qui est important c’est de savoir que la rétribution karmique n’est pas immédiate. Effectivement, tout à l’heure on parlait, vous avez parlé du karma, mais le karma n’est pas seulement la causalité ; comme on le disait, c’est une graine. Cette graine, elle ne peut pas germer s’il n’y a pas la terre adéquate et s’il n’y a pas l’eau qui tombe. Donc il faut des conditions favorables et parfois, les actes arrivent longtemps après et c’est ça qui est effectivement difficile à comprendre. On peut faire une faute au premier degré qui n’est pas tellement grave, on n’en voit que le côté positif et c’est longtemps après qu’on en comprend le côté négatif.

C. B. :  Alors, Jean-Pierre FAURE, le karma induit, les actions induisent des conséquences. Est-ce que dans ces conditions il y a quand même un libre arbitre ?

J.-P. F. : Bien sûr. Dans le Bouddhisme, en tant que disciple de Bouddha, je cherche, nous cherchons, nous invitons en fait l’humanité à se libérer, à chercher la libération. Comment se libérer, c’est tout simplement être concentré ; c’est la première chose, et à partir de là, observer.

Observer une pensée qui s’élève. Imaginons une pensée de haine qui s’élève ; ou vous lui donnez suite, vous la nourrissez, vous lui emboîtez le pas, vous la traduisez en paroles, en actes, ou, au contraire, vous la laisser vivre sa propre vie et vous, vous restez présents dans la situation.

C. B. : C’est ce que vous faîtes en zazen par exemple ?

J.-P. F. : C’est effectivement la pratique de zazen, la pratique de la méditation.

                                                                                               Retranscription Claude Shindo Hervé